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22 mai 2011

Le SNUipp-FSU remet le travail enseignant sur la table

Le colloque consacré aux mutations du métier d’enseignant s’est déroulé à Paris jeudi 19 mai. Une réflexion prolongeant un travail du syndicat sur la question du professionnalisme engagé depuis près de deux ans et qui va se poursuivre.
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« Comment reprendre la main sur le métier pour transformer l’école ? ». En posant cette question en introduction du colloque « le travail enseignant en quête de sens, un métier à transformer », le secrétaire général du SNUipp-FSU a donné le ton de cette journée que le syndicat organisait jeudi 19 mai en partenariat avec le Café pédagogique à Paris. Une journée de réflexion qui vient dans le prolongement d’un travail entamé il y a près de deux ans à travers des réunions d’informations, des stages ou des enquêtes, pour répondre à une préoccupation de plus en plus pesante, celle de la qualité du travail. Dans un contexte marqué par des choix budgétaires conduisant au non renouvellement d’un départ à la retraite sur deux, à la fermeture de 1 500 classes et la suppression de 600 postes de RASED à la prochaine rentrée, le SNUipp-FSU note que « pour permettre aux élèves d’apprendre, de grandir, de s’épanouir, nous (les enseignants –NDLR) avons des marges de manœuvre qui nous sont niées ou qui se réduisent, des espaces de plus en plus corsetés ».

La défaillance du travail pas de l’enseignant

L’enquête réalisée par le syndicat à l’occasion de ce colloque montre que pour 91% des enseignants « le progrès et la réussite des élèves » constituent la première source de satisfaction professionnelle, l’épanouissement des élèves étant la seconde pour 90% des maîtres. Mais, alors que subsiste un taux élevé d’élèves en difficulté, qu’il faut transmettre de nouvelles connaissances (langues vivantes, informatique, développement durable…) ou intégrer le mieux possible les enfants en situation de handicap, se pose la question du « comment faire ? » qui ne va pas sans dilemmes professionnels, sans malaise, voire sans souffrance au travail. « On demande aux enseignants de plus en plus, dans des conditions de plus en plus compliquées, dans des temps de plus en plus contraints », a rappelé Sébastien Sihr : « ce n’est pas l’enseignant qui est défaillant, c’est le travail ».

Passer de la « déploration » au débat public

La sociologue Françoise Lantheaume, a pour sa part analysé les raisons de ce qu’elle appelle « la crise du travail enseignant » qui prend sa source dans « une avalanche de prescriptions » et la difficulté de répondre à une double attente, celle de transmettre les savoirs en respectant « le principe d’égalité de tous les élèves qui implique la mise à distance des particularismes » et celle « de produire un service adapté aux besoins des individus ». La chercheuse propose aux enseignants de « sortir la question du travail de la déploration » pour « passer à l’offensive ». « Si on veut que le travail sorte de la crise il faut repenser sa place dans la sphère publique ». C’est donc pour elle la conception du métier qui doit être interrogée dans un espace public, avec au centre des débats des questions comme le sens du métier d’enseignant, la polyvalence, la visibilité du travail - « pour sortir de l’idée qu’un enseignant travaille peu ou mal » - les critères constitutifs de la qualité professionnelle, le système d’évaluation du travail.

Les conflits de critères sur la définition du professionnalisme

En invitant la communauté éducative « à remettre le métier sur la table à travers des débats publics », la co-auteure de La souffrance des enseignants rejoint les propos tenus un peu plus tard dans le colloque par Yves Clot. Le professeur en psychologie du travail au Conservatoire national des arts et métiers analyse la manière dont sont appréhendés « les risques psychosociaux » dans les secteurs de l’industrie et des services. Décrivant la mise en œuvre de Plans d’actions contre les risques psychosociaux, il estime « qu’à la crise de la gestion on ajoute la gestion du risque » ou, autrement dit « qu’on requalifie un problème social en problème psychologique ». Si dans la sphère industrielle la qualité d’un travail peut être analysée à partir de critères techniques, il n’en va pas forcément de même dans les services, d’où l’émergence selon lui « de conflits de critères sur la définition du professionnalisme ». Le psychologue s’interroge sur la façon « d’instituer dans la société des collectifs pour pouvoir instruire ce conflit » au lieu de rester dans le déni : « c’est le problème fondamental ».

La dispute professionnelle pour plus d’efficacité

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L’instruction du conflit, c’est en quelque sorte ce qu’a réalisé Frédéric Saujat dans une école d’application de Marseille à la demande de l’équipe. S’appuyant sur les pratiques de chacun pour l’organisation de l’Aide personnalisée il a suscité « des disputes professionnelles de façon à les aider à reprendre la main sur les difficultés, à identifier ce qui les rapprochait ou les façons de faire très différentes à mettre en discussion ». Le débat s’est concentré en premier lieu sur la façon d’accompagner les élèves, les laisser comprendre seuls l’objectif attendu ou étayer immédiatement les enjeux. « Ça a réactivé un débat ancien » note le maître de conférence en sciences de l’éducation à l’IUFM Aix-Marseille, mais « c’était l’occasion pour eux de remettre en discussions les critères de qualité de leur travail ». « Entre d’un côté l’inflation des bonnes pratiques et de l’autre le relativisme du "à chacun sa recette" qui rendent le dialogue inutile, il y a une troisième voie qui est celle des disputes professionnelles pour dégager collectivement des critères d’efficacité ».

Des marges de progrès dans les compétences professionnelles

« J’ai trente ans de métier et pour une fois j’ai eu l’impression d’être professionnelle. J’ai tout donné et si certains élèves à la fin de l’année avaient encore de la peine je n’y étais pour rien. J’ai pu partir en vacances le cœur léger ». C’est par ce verbatim que le professeur en sciences de l’éducation Roland Goigoux a débuté son intervention. Prenant le contre pied de ce témoignage, le chercheur postule « qu’une des causes de la souffrance est probablement que face à l’exigence d’apporter le maximum aux enfants, les enseignants ont l’impression de ne pas avoir pu donner le maximum", surtout « quand il se sentent insuffisamment armés y compris sur le plan didactique, sur le plan des contenus d’apprentissage et de la manière d’aider les élèves en fonction de leur particularité à apprendre et maîtriser des connaissances qui sont le cœur du métier ». Certes admet-il, il y a le manque de considération, les injonctions contradictoires, l’accroissement des exigences mais ajoute-t-il, « il y a une marge de progrès dans les compétences professionnelles et tout ne se joue pas dans le rapport à la ligne hiérarchique, à la prescription et à l’organisation sociale du travail ».

Le travail sur le travail continue

On aura compris toute la complexité des débats et le SNUipp-FSU pour qui le métier est au cœur de l’action syndicale entend bien poursuivre ce travail sur le travail. A partir de la rentrée scolaire il proposera dans tous les départements des rencontres publiques lancées à partir d’un film permettant d’engager le débat. En collaboration avec le Conservatoire national des arts et métiers, il va également lancer dans des écoles volontaires des collectifs de travail mettant notamment en débat les critères de qualité professionnelle d’un métier à transformer.

Lire aussi
- Enquête le travail en quête de sens

 

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