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8 mai 2010

Évaluations nationales CE1 : arguments et consignes du SNUipp 85

Notre point de vue et nos consignes.
Consignes du SNUipp 85 en bas de page

Comme l’écrivait Pierre Frackowiack l’an dernier, « la comédie de l’évaluation et du soutien » continue à se jouer dans l’Éducation. Les résultats des évaluations CM2 rendus publics fin mars 2010, montreraient ainsi que 73% des élèves ont des acquis solides en français, et 67% en mathématiques. Mais, pour en arriver là, il a fallu apporter ici ou là des « corrections », car les résultats bruts auraient montré une forte baisse par rapport à l’an dernier.

Et pourquoi cela ? A cause « d’une plus grande difficulté des exercices proposés cette année ». Et qu’est-ce qui justifie cette plus grande difficulté ? « l’intérêt de mesurer l’excellence de certains élèves qui réussissent tous les tests » dixit J.M. Blanquer de la DGESCO.

Autrement dit, on propose aux élèves des exercices difficiles destinés aux meilleurs, et pour ne pas affoler tout le monde, on remonte les résultats de la « masse ». On nous avait pourtant « vendu » ces évaluations comme devant permettre de repérer, pour mieux les aider, les élèves en difficulté.

Au royaume du n’importe quoi, on trouve toujours le moyen de faire pire...

La passation, toujours d’après le Ministère « est bien ancrée dans le paysage » (93% des résultats sont remontés contre 79% l’an dernier -chiffre que nous contestions par ailleurs-), et il est même envisagé de négocier pour l’année prochaine la date de passation (sous réserve d’arguments convaincants !).

Le Ministère reconnaît toutefois que les résultats des évaluations ne permettent pas aux enseignants de remédier aux difficultés rencontrées par les élèves (le codage binaire des exercices n’y est sans doute pas pour rien...) Mais une actualisation des ressources pédagogiques permettant l’application optimale des nouveaux programmes est en cours, nous rassure-t-on...

« L ’élévation du niveau général exige que l’Éducation nationale entre résolument dans la culture de l’évaluation et du résultat » annonçait N. Sarkozy en juin 08

Voilà, au moins, une promesse qui aura été tenue. L’évaluation a pris, de fait, une place prédominante dans le projet du Ministère. La question est de pouvoir « piloter » le système scolaire et pour cela, il faut fabriquer les outils qui permettront de lire les choix faits en amont. Non pas conçues comme une démarche de recherche et d’analyse (le « bricolage » cité plus haut en est une illustration significative), les évaluations CE1- CM2 ont pour fonction d’instaurer à marche forcée la réforme des programmes, et le nouveau mode de gestion de l’école.

Les enseignants n’auront plus la possibilité d’appréhender l’élève dans sa globalité pour faire des choix éducatifs, mais devront se référer à une grille dans laquelle chaque niveau de réussite (ou plutôt d’échec) renverra à un traitement particulier (stage de remise à niveau, aide personnalisée, PPRE...). Réduction du facteur humain (nous deviendrons des techniciens chargés d’appliquer des protocoles et de manipuler des outils faits « sur mesure »), illusion d’une sélection « objective » et planifiée, tout cela associé à une logique comptable qui légitime, sous prétexte de rationalisation, les suppressions de postes, voilà l’avenir radieux qui nous est proposé.

Une évolution en phase avec le néo-libéralisme politique

D’après Nathalie Mons, spécialiste de l’analyse internationale des politiques éducatives, l’évaluation standardisée est une des caractéristiques des politiques éducatives des pays de l’ OCDE. Elle doit être mise en relation avec plusieurs évolutions récentes :
- la centration sur une mesure quantitative des apprentissages et la priorité donnée à des objectifs cognitifs au détriment d’objectifs de socialisation large, en lien avec le développement du concept de compétences, dans la veine économiste de la théorie du capital humain et du New Public Management (qui préconise la marchandisation du service public).
- le développement d’un nouveau contrôle social des enseignants par les responsables administratifs de l’éducation (du niveau central au niveau local).
- l’évolution de la répartition des pouvoirs entre acteurs centraux (le Ministère de l’Éducation) et responsables locaux (les enseignants), qui voient leur marge de manœuvre fortement encadrée.
- un nouveau rapport entre le public ( es parents) et les professionnels, ce qui n’est pas forcément un problème en soi, sauf s’il s’agit (et la suppression de la carte scolaire, la mise en compétition des établissements via la publication des résultats en sont une preuve évidente) d’accélérer la mise en place de la privatisation de l’enseignement.

Des déviances déjà constatées

Là où cette politique de testing s’est mise en place ( les pays anglo-saxons en particulier), les effets pervers n’ont pas tardé à être constatés : « le pilotage par l’évaluation nuit à l’enseignement des maths » affirme ainsi un rapport officiel britannique. Les stratégies mises en place pour améliorer les résultats aux tests (leçons spéciales, cours de révision, entraînement...) réussissent à préparer les élèves aux évaluations mais ne les équipent pas bien en compétences mathématiques pour le futur.

Les élèves ont peu confiance en eux, ne donnent pas de sens à ce qu’ils font. (Source : rapport des inspecteurs de l’OFSTED).

Pire, dans certains pays (au Texas par exemple), on a découvert que l’amélioration sensible des résultats aux tests était liée à l’exclusion des élèves présentant des difficultés scolaires.

C’est scandaleux, bien sûr, mais comment ne pas mettre ces fraudes en relation avec la pression exercée sur les enseignants, les élèves ? Comment, si ce système se généralise en France, résisterons-nous à cette tentation d’obtenir coûte que coûte des résultats, si notre carrière est liée à des objectifs de ce type ?

C’est donc bien dans une logique néo-libérale que se situe le recours à l’évaluation standardisée, comme outil de pilotage du système et de contrôle des élèves et des enseignants. Les présupposés théoriques sont aux antipodes de la vision humaniste de l’École que nous portons.

L’objectif est de faire rentrer chaque élève dans des cases, d’assigner les écoles à des objectifs de résultat que les enseignants devront tenter d’atteindre par tous les moyens, faute de quoi, avec l’arrivée du salaire au mérite, ils se verront sanctionnés financièrement, voire administrativement comme cela s’est fait et continue à se faire pour les enseignants désobéisseurs. Nous ne refusons pas les évaluations en elles-même. S’il est indispensable que le ministère puisse mesurer et comparer à plus ou moins long terme l’efficacité des politiques éducatives, cela peut ( et doit) se faire sur des échantillons ciblés. Les résultats sont alors plus fiables que dans le cadre d’évaluations nationales, où les enseignants adaptent plus ou moins les situations de passation des épreuves. Par contre, nous refusons que ces évaluations soient utilisées pour justifier la mise en place d’un système éducatif inique, bureaucratique et aliénant. La réponse à cette mise au pas idéologique ne peut être que globale et massive.

Nos collègues britanniques (plus de 75%) viennent de s’engager dans un boycott massif des tests 2010, en arguant que ces derniers ne servaient qu’à « remplir des tableaux sans intérêt, stigmatiser les écoles qui comportent un grand nombre d’élèves en difficulté, et transformer la dernière année de primaire en un dressage pour les examens ».

Voilà sans doute ce que nous serons amenés à faire si nous ne luttons pas maintenant contre la mise en place de ce système.

Alors, autant gagner du temps, non ?

Les épreuves de passation pour les CE1 sont programmées du 17 au 21 mai, et les résultats doivent être remontés pour le 16 juin. Nous invitons d’ores et déjà les écoles à boycotter le protocole en se servant de ces évaluations comme un outil parmi d’autres, au service des élèves, des familles et des parents :
- ne faire passer que les épreuves qui correspondent à des notions étudiées, de manière à ne pas mettre les élèves en difficulté,
- soit ne pas faire remonter les résultats à l’administration, soit les faire transiter par le SNUipp qui les fusionnera avec les autres résultats reçus des écoles de votre circonscription.

D’après l’argumentaire du SNUipp 72

 

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