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16 mars 2015

Redoublement : l’injonction démobilisatrice !

Le SNUipp et le SNES alertent la DASEN sur l’interdiction du redoublement, donnée sans moyens pour y parvenir. Cette injonction, à finalité purement statistique, va accentuer les conditions d’une démobilisation professionnelle, avec les conséquences que nous pouvons craindre sur les élèves et leurs enseignants

Madame l’Inspectrice d’Académie,

Dans votre courrier consacré aux parcours scolaires des élèves, adressé aux écoles et aux collèges le 2/02/2015, vous rappelez que « la loi sur la refondation de l’école de la République […] pose le principe d’une école qui ne stigmatise pas les difficultés mais accompagne tous les élèves dans leur parcours scolaire ».

Le principe d’un devoir d’accompagnement pédagogique des élèves en difficulté ne peut être contesté. Il s’inscrit dans les fondements de la garantie d’un droit à l’éducation basé sur la reconnaissance que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser. Mais l’affirmation d’un tel droit ne peut faire l’économie des moyens nécessaires à son effectivité.

De la maternelle à l’université, les enseignants se consacrent pleinement à la réussite de tous les élèves qui leur sont confiés. C’est le cœur de leur engagement professionnel et aussi personnel. Néanmoins, hier comme aujourd’hui, les enseignants se sentent souvent bien seuls et démunis face au traitement de la difficulté scolaire. C’est dans ce contexte que les équipes enseignantes ont reçu votre courrier consacré essentiellement à l’interdiction du redoublement.

La grande majorité des études a montré l’inefficacité du redoublement, l’objectif d’en réduire le recours ne peut être que partagé. Pour autant, en se limitant à poser une contrainte réglementaire et statistique de non redoublement, l’éducation nationale passe à côté de l’enjeu essentiel : faire progresser la réussite scolaire.

Renoncer au redoublement sans construire l’accompagnement pédagogique nécessaire aux élèves sera sans effet positif sur leurs résultats, bien au contraire malheureusement. La réalité que vous présentez est probante : les taux de maintien sont en diminution constante, sans effet notoire sur la réussite scolaire.

Vouloir imposer une baisse du redoublement sans accompagnement des enseignants illustre avant tout une volonté d’économies budgétaires. Or, l’école a besoin de moyens pour permettre une meilleure réussite des élèves. Si la seule attribution de moyens ne peut garantir mécaniquement leurs effets bénéfiques, leur absence alimente l’échec.

L’école a besoin de moyens pour conduire les élèves à une réussite plus démocratique. L’ensemble des facteurs mobilisables doit y concourir.
- Des travaux ont récemment montré que des effectifs réduits par classe ont un effet positif sur la réussite scolaire. Il ne s’agit évidemment pas d’une relation mécanique de causalité mais d’un facteur majeur contribuant à une meilleure prise en compte des difficultés d’apprentissage. Or l’effectif moyen des élèves par classe ne cesse de croitre. Si la France se caractérise par la hauteur de son taux de redoublement, elle se caractérise aussi par la taille élevée des effectifs de ses classes. Rappelons que la Vendée possède les seuils de carte scolaire du 1er degré les plus élevés du territoire national. La situation est tout aussi critique au collège, avec des effectifs qui atteignent et dépassent de plus en plus les 28 élèves par classe !
- Un élément incontournable pour résorber le redoublement est la mise en œuvre d’actions de formation qui permettront aux équipes enseignantes de mieux appréhender la réalité de ses conséquences et de bénéficier de l’accompagnement nécessaire pour construire les aides pédagogiques indispensables à la réussite de chaque élève. Force est de constater que pour l’instant, l’état des moyens attribués à la formation continue ne permet pas un tel choix.
- L’intervention des enseignants spécialisés du RASED est un levier souvent déterminant pour limiter les redoublements. Avec 10 postes vacants en Vendée, dont des antennes de RASED quasiment dépourvues d’enseignants spécialisés, de nombreux élèves ne trouvent pas de réponses pertinentes à leurs difficultés. L’absence criante de rééducateurs fait naître très tôt des difficultés préjudiciables pour la suite de la scolarité.
- Vous écrivez à juste titre : « l’importance de l’école maternelle est essentielle pour que les élèves abordent le cours préparatoire dans les meilleures conditions, en particulier pour ceux qui sont issus de familles les plus éloignées des attentes de l’école ». Quelles traductions concrètes faites-vous de vos propos dans les décisions départementales ? La scolarisation dès deux ans a en effet un impact positif sur la prévention du redoublement. Elle reste encore très limitée et inférieure à ce qu’elle a pu être par le passé, avec les seuils les plus élevés.

Faire croire que les PPRE passerelles suffiront à enrayer une difficulté scolaire dont certains élèves souffrent depuis plusieurs années fait peser sur les enseignants du collège une responsabilité insupportable.

L’interdiction de fait du redoublement dans le premier degré compliquera les orientations en EGPA : l’accès aux ateliers préprofessionnels en classe de 4ème SEGPA n’étant pas possible avant 14 ans. Cet enseignement constitue pourtant une réponse adaptée à de nombreux élèves, un accompagnement dans la construction de leur parcours de formation en luttant ainsi contre leur sortie prématurée du système scolaire sans qualification. En les orientant en 6ème générale, vous les contraignez à des objectifs qu’ils ne peuvent pas atteindre engendre une perte de confiance, une perte d’estime de soi et va à l’encontre des enjeux de l’école.

Vous précisez que les IEN « s’assureront de la régularité des différentes décisions de redoublement ». Dans ce contexte, cela tient plus de la pression à ne pas faire redoubler, dans le but d’améliorer les statistiques officielles, que de l’aide aux enseignants : prévention de la difficulté scolaire, aide à la bonne décision… Ce qui impliquerait que les équipes de circonscription disposent des moyens et du temps qui leur font défaut.

Ainsi, notre profession est placée devant une injonction paradoxale : affirmer des obligations de réussite pour tous, sans réunir les conditions nouvelles nécessaires à leur mise en œuvre. En imposant des objectifs contrôlés, à finalité purement statistique, vous accentuez les conditions d’une démobilisation professionnelle, avec les conséquences que nous pouvons craindre sur les élèves et leurs enseignants.

Veuillez recevoir, Madame la Directrice Académique, l’expression de notre considération distinguée.

Pour le SNUipp Pour la FSU Pour le SNES

Jean-Jacques BOBIN Claudine JEFFROY Pierre CAMINADE Albert DEAU Stéphanie RÉNIER

 

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